La lingerie féminine

Durant des siècles, les dessous ont signifié pour les femmes être enfermées dans un carcan moral et physique. À l’aide d’incroyables corsets, rendus rigides à l’aide de tiges de fer et d’acier, la forme du buste féminin s’est transformée au gré des modes, toujours dans la souffrance et l’inconfort physique.
Les corsets d’autrefois sont aussi de ravissantes pièces, évoquant le raffinement et la féminité, un savoir faire de corsetière admirable. Ils furent vivement dénoncés au XVIII° siècle par les philosophes dont Rousseau, des médecins de la cour et le naturaliste Buffon pour le danger qu’ils représentaient pour la santé: inconfort, déformations, fausses couches, escarres, la liste est longue.
Le port des dessous est empreint d’une dualité faite de pudeur, d’hypocrisie, de bienséance d’un côté et d’érotisme, de séduction, de provocation de l’autre. Jusqu’au début du XX ème siècle et la révolution de la mode opérée par le grand couturier Paul Poiret, les faits et gestes de la femme Française semblent avoir été toujours régis par les hommes.

Robe de chambre Karaka, Pluto on the Moon

Les dessous de l’antiquité :

Bien avant l’apparition de ces corps contraints, dans la Grèce Antique, les femmes portaient de fines bandes de tissu, nommées Apodesmos, portées sur les hanches ou sous la poitrine, sous un chitôn rouge. Pour aplatir le ventre, elles portaient un Zona, également sous la forme de bande de tissu.
Le mamillare de cuir écrasait quant à lui la poitrine des femmes et des jeunes filles, dont il empêchait la croissance en aplatissant les seins, à l’aide d’une bande de toile très serrée.
Durant l’époque classique, les bandes de toile s’élargissent et remontent jusqu’à la poitrine, en l’érotisant.

En latin, l’apodesmos se nommait le taenia, relayé par le strophium, lui même porté sur une tunique sans manches et courte, nommée Saffarum, de soie jaune,garnie de franges d’or.
Le zona quant à lui se nommait caestus, il était orné de broderies. La tunique courte était complétée par le port d’un jupon, le castulla (du latin castus : pudique et chaste) ou kasas en Grec, long jusqu’aux pieds; un ruban de soie orné d’un bijou et d’une rosette, ancêtre de la jarretière, décorait la jambe.
Puis les bandes de toile comprimant poitrine et hanches sont abandonnées, en faveur d’une superposition de robes; les Gauloises portaient la camisia, transformée en chainse ou blanchet puis chemise, elles portaient aussi des mi-bas.

Voici une description d’une tenue de dessous à l’époque Gaulloise:
« La mode Romane persiste en Gaulle. Les femmes mérovingiennes portent de longues tuniques très amples avec ou sans manches, sur une chemisette de toile fine, un châle de couleur est jeté sur leurs épaules ou enroulé négligemment autour de leur taille, un voile couvre leurs cheveux… » la chemise est en toile de lin fine, au XIII° siècle, ou de soie brodée. La chemise des femmes est  plus longue que celle des hommes, qui la portent avec des braies. Ces dernières sont attachées à la taille par une ceinture: un braiel. Les chausses font aussi partie des vêtements de dessous, elles sont ajustées aux jambes et attachées au braiel par des jarretelles. Elles sont en lin, en laine ou en soie. » Les vêtements féminins de l’aristocratie Gaulloise, sont cousus et teints en écarlate. On retrouve cette couleur sur tous les artifices de mode (poufs) de la fin du XIX ème siècle.

Le moyen âge du XIV° siècle masque les formes féminines par le port de la cotte blousante ou d’un surcot plat. La poitrine est mieux mise en valeur après cette période, mais les poitrines généreuses sont aplaties à l’aide de bandes de toile, rappelant l’apodesmos grec ou le strophium romain.

La chemise de nuit  et la chemise :

À la fin du Moyen âge, la chemise protège la peau du vêtement de dessus. Durant l’époque médiévale,ses manches sont longues et la chemise est en forme de T, coupée d’une seule pièce; à partir du XI ème et XII ème siècles, les manches sont coupées séparément et cousues de manière assez grossière. Sa fonction est essentiellement liée à l’hygiène:
Suite aux nombreuses maladies de peau, engendrées par le manque d’hygiène au Moyen-Âge, on découvre que le port de toile de lin blanche et fine sur la peau, apaise les souffrances physiques et guéri les plaies. Le XVI° est le siècle de la blancheur, désormais synonyme de propreté. Le port du linge de corps blanc, des chemises, se banalise. C’est le début d’un long mariage entre le blanc et la propreté.
La chemise est synonyme d’intimité. Elle est une seconde peau. « Frottée au statues miraculeuses, trempées dans des fontaines magiques, suspendue comme ex-voto, elle témoigne d’une efficacité merveilleuse. » Les expressions « se montrer en bras de chemise« , « arracher sa chemise » signifient nu comme un ver, « y laisser sa chemise » équivaut à la ruine,  » l’homme heureux n’a pas de chemise » ou « nus, nous sommes égaux » incarnent l’égalité des hommes vivant sans contraintes. « n’avoir qu’une seule chemise » est synonyme de pauvreté; « changer d’opinion comme de chemise » traduit la versatilité.
La chemise est souvent l’unique vêtement porté par les paysans et les mendiants; les femmes la portent longue lorsqu’elles sont issues de classe sociale basse, plus courte, de tissu fin, comportant un grand décolleté, ornée de broderies à l’encolure et aux bas de manches , lorsque issues de milieux aisés. La qualité du tissu utilisé marquait donc la différenciation sociale; une noble toile très fine de lin, en provenance de Cambray ou de Reims était préférée au coton, dont l’usage à l’époque était destiné au rembourrage. La chemise est portée seule à la maison lorsqu’il faisait chaud.
A cette époque il s’agit d’une chemise de jour; la nuit, les femmes portaient une veste au dessus de celle-ci. De forme ample, elle se nomme « chemise de lit » à la fin du XV° siècle.
Selon l’ouvrage  » la mode« , Joséphine de Beauharnais possédait cinq cents chemises de jour et en changeait plusieurs fois par jour (et deux pantalons de soie couleur chair pour monter à cheval).

Chemises de nuit et déshabillés, L'Officiel de la mode 1930

Au cours de la seconde moitié du XV ème siècle, la chemise se dote de grands décolletés, de bas de manches travaillés et s’exhibe. Elle s’inspire des chemises de femme « à la Catalane« , aux bas de manches très larges, ou en forme de bouillons, selon la mode des « crevés » ( fentes de le tissu du vêtement de dessus, afin de laisser paraitre les tissus de dessous). Les tissus utilisés sont très fins, les coupes très larges et les manches raglans, les ornements de plus en plus riches, grâce aux effets de plissages. Cette mode atteint son apogée entre 1520 et 1530, alors que les incroyables cols de chemise surgissent des échancrures des fastueuses tenues féminines: de splendides motifs inspirés de dessins Arabes et Italiens sont ornés de broderies de soie, de couleurs rouge, jaune, bleu et de fils d’or et resplendissent en contraste avec le blanc de la chemise.

La mode du col de chemise «  fraise » s’installe durant la seconde moitié du XVI ème siècle. Sa tenue et sa blancheur parfaites nécessitent des techniques de repassage et d’entretien particuliers, avec l’innovation de l’empesage: « Le tissu mouillé et amidonné, était replié autour d’objets en os ou en bois, et de fines baguettes de bois étaient placées au creux des plis. Une fois que le col était sec, un support de fils de fer recouverts de soie ou bien de fils d’or ou d’argent contribuait à le maintenir rigide ». Les marchands Italiens ont fortement influencé la mode des chemises de fin tissu et de dentelles, ornées de broderies d’or et d’argent : les « chemises d’or étaient offertes comme cadeaux de noces ou de célébration.
La fraise est ensuite remplacée par un grand rabat de dentelle ou de toile de lin, serti d’un liseré de dentelle en pointes, afin de laisser la place aux longues boucles des nouvelles coiffure en vogue et aux épaules sensuelles.

Durant la seconde moitié du XVII ème siècle et au cours du XVIII ème siècle, la chemise féminine se portait sous un corset, ses ornements sous forme de volants étaient visibles et mettaient en valeur la tenue de dessus. Les femmes de classe sociale basse n’en portait pas, le corset était à même la peau, complété d’une longue culotte. Fabriquée de fin linon, la chemise change peu de forme jusqu’à la fin du XIX ème siècle, sauf durant la période du directoire et la »mode nue« , qui imposait le port d’une chemise en tricot.

Au XIX° siècle, la quantité de linge de corps et de maison par famille devient très important. On peut commander ces articles par correspondance, et ils font partie de la dot d’une futur mariée.
Ainsi, le linge acquiert une valeur sociale, ll dépasse l’usage quotidien de simple port. Il était fabriqué en chanvre, dont la culture, la récolte et le filage étaient un travail de femmes.
La préparation du trousseau et le soin donné à cet effet, engrangent le succès commercial de ces articles. La couleur surgit et remplace petit à petit le blanc surtout réservé aux classes sociales basses.

Chemise de nuit voile de coton, Okha

Le canezou en 1830 est un corsage de dessus en lingerie différent de celui du début du siècle; il se porte pris dans la ceinture de la robe.

La chemise de nuit remonterait aux Grecs et  aux latins sous la forme du « chitôn« . Puis les Romains vêtirent une tunicae dédiée pour la nuit; on retrouve cet usage à l’époque de Charlemagne.
Au XIII ème siècle, on la nomme encore une cotte. Les classes aisées la portent depuis le XIV ème siècle, les classes aisées la portent quotidiennement au XVI ème siècle.
Au XVII ème, les femmes reçoivent en chemise de nuit, couchées dans leur lit; elle portaient parfois un déshabillé au dessus.
Au XVIII ème siècle, l’auteure de l’ « Histoire technique et morale du vêtement  » mentionne l’existence des chemises de nuit conjugales, « chemises à ouverture parisienne » dont  » le trou du bonheur » du côté femme, était orné de broderies délicates ou de textes comme « Dieu le veut  » ! Les jeunes filles confectionnaient leur trousseau, mais celui des hommes était souvent réalisé par des religieuses… Ces chemises de nuit évitaient le contact avec la peau.
Au cours de ce même siècle, les chemises de nuit deviennent sophistiquées et des lacets viennent marquer la taille, montrer le décolleté.  « Le casaquin« , portée par les bourgeoises et les servantes, aussi bien comme chemise de nuit que déshabillé.
Au XIX ème siècle, elle est longue et en soie, suit la mode des robes de dessus; elle est ornée de rubans, de dentelles et de broderies et se pare d’une somptueuse et luxueuse robe de chambre.

Entre l’avant et l’après première guerre mondiale, la chemise de nuit se féminise et se confectionne dans des tissus raffinés, en comparaison du XIX ème siècle.
Après la seconde guerre mondiale, les déclinaisons de la chemise de nuit sont multiples: courte pour palier un besoin croissant d’un modèle plus commode à porter, très longue, raffinée et séductrice, semblable à une robe du soir, courte et portée avec un bas de pyjama

La robe de chambre:
La robe de chambre quant à elle, est un déshabillé, un vêtement d’intérieur confortable, d’ailleurs portés par hommes et femmes au XII ème et XIII ème siècle comme robe d’intérieur.
Au XVIII ème siècle, on la nomme « contourne« , c’est une robe d’intérieur confortable.
Au XIX ème siècle, c’est une « matinée« , soit un vêtement d’intérieur très souple. Au XX ème elle se pare de broderies, de dentelles et se coupe dans des soieries luxueuses. Puis dans les années folles, selon la mode inspirée d‘Orient et d’Inde, elle se transforme en kimono.

Le pyjama :
Durant les années 1920, la chemise de nuit est abandonnée par les femmes en faveur du pyjama. Exporté d’ Inde vers l’Europe au début du XVII ème siècle, par les colons Portugais, l’ epae-jama, fut ensuite adopté par les Anglais, pour la légèreté de ses cotonnades et son confort en pays chaud. Il fut donc tout d’abord porté pour la détente, puis au XIX ème siècle, les hommes délaissent leur chemise de nuit pour celui ci. Les femmes l’adoptent grâce à la mode orientaliste des années Arts Déco; il est alors fémininisé et Gabrielle Chanel lance la mode du pyjama de plage, en vogue sur la Riviera française entre les deux guerres.
Le pyjama de plage devient une tenue de vacances très haut de gamme. En ville, il n’est pas rare de descendre dans la rue en pyjama sans paraitre ridicule.
Le pyjama en Inde, est encore de nos jour une tenue courante, mais tenue de dessus. Il est fabriqué en coton pour un usage quotidien, parfois imprimé manuellement au bloc de bois, et décoré de perles.
Il existe de splendides ensembles pour le soir, coupés dans de luxueuses soies brodées.

 

Pyjamas de plage, L'Officiel de la mode, 1930

Jusque là, ces descriptions laissent imaginer une femme libre de ses mouvements. Ce serait oublier la présence du corset et des sous-jupes aux multiples formes, présents durant des siècles.

Corsets, vertugadins et crinolines :

Le corset fut d’abord une pièce portée par les hommes au XV ème siècle.
A la cour de Bourgogne, au XIV ème et XV ème siècle, une pièce soutenant le buste fit son apparition et ressemblait fort au corset. Puis, la mode Espagnole influença fortement l’apparition du corset moitié XVI ème et moitié XVII ème siècle : il comportait des supports de bois, de métal ou des fanons de baleines, véritable cuirasse qui déformait le corps féminin. Cette mode Espagnole gommait complètement le buste des femmes. Il fut tout d’abord porté sur le vêtement de dessus puis il passe dessous, constitué de toile surpiquée, de cuir, de baleines, et d’un lourd busc, qui donne une forme particulière au buste féminin: fait de bois tout d’abord, d’acier, d’argent, d’ivoire ou de nacre, il vient comprimer le ventre et donner une forme vertigineuse au buste.

Le basquine était un corset de toile raide, de la fin du Moyen âge : il écrasait la poitrine, étranglait la taille , donnait une forme d’entonnoir au buste.
Le vertugadin provient de la mode Espagnole; les femmes portaient alors douze jupons garnis de dentelles, sous un vêtement nommé Verdugo. Au milieu du XVI ème siècle, c’est un jupon de lin, raidi par du crin ou de la toile, comportant un cerceau de baguettes de bois, de bambou ou de corde, reliés par des rubans (fin du XVI ème siècle). Il marquait les hanches et les rendait exagérément larges et proéminentes. La forme du corps féminin était ainsi complètement modifié par la basquine et le vertugadin.

Les femmes aristocrates marquaient leur différence sociale par le port si contraignant du corset; comme l’écrit Maguelonne Toussaint-Samat, cette contrainte physique allait de pair avec de nombreux dictats moraux imposés à leur rang:  » ainsi la femme privilégiée Européenne (ou Chinoise) s’était elle doublement maintenue dans des contraintes physiques et intellectuelles, la rendant inapte et inadaptée à un monde dont elle ne pouvait que dépendre ».
Il faut rappeler que les paysannes pour travailler ne portaient pas de corsets. Les plus aisées en rêvaient, certaines en recevaient pour leur trousseau de mariage.

Au XVII ème siècle, le vertugadin est remplacé par trois jupons superposés, nommés la modeste, la friponne et la secrète. La basquine devient la gourgandine, corset lacé devant ou derrière. « Mousquetaire », « l’innocente », « la culbute », les guêpes« , « le boute-en-train », tels sont les noms donnés aux dessous féminins alors très en vogue.
Puis vint la mode des paniers au XVIII ème siècle. Ceux-ci connaissent un succès dans toutes les classes sociales: c’est une cage suspendue autour de la taille faits de cercles d’osier, de cordes et de baleines. Le volume des robes féminines est alors réparti exagérément de chaque côté des hanches.
En 1774, « le cul« , pouf rembourré de crin, prend la place des paniers. La silhouette des femmes se fait plus ronde et se permet quelques emprunts à la garde robe masculine: canne, talons plats, redingote-robe.  Le corset quant à lui, se lace sur le devant en pointe ou dans le dos; il comporte des épaulettes ou des manches, et n’aplatit plus les seins. Il est confectionné dans une toile assez grossière sur l‘intérieur et en damas, soie brochée ou taffetas moiré sur l’extérieur. Au moment ou les paniers disparaissent, des sortes de bourrelets remplacent le corset et se posent sur les hanches. Un foulard contenants des pièces rigides maintient alors la poitrine. C’est au XVIII ème siècle que la caractère érotique des sous-vêtements fit son apparition; le jupon devint objet de coquetterie. Le jupon principal était en soie et orné de dentelles: « la robe de dessous ».

Les corsets étaient courts au XVII ème siècle et plus longs au XIX ème siècle, durant lequel ils furent portés avec la jupe à cerceaux. Durant les périodes Directoire et de la révolution, les corsets courts comportaient peu de lacets; ceux ci revinrent à la mode en 1810 jusqu’à la fin du siècle. Ils étaient fabriqués par des artisans spécialistes, relayés par des manufacturiers à la moitié du XIX° s.
Le corps à baleine disparait après la révolution française. A l’époque du directoire, la mode du zona est de retour, afin de mettre en valeur le décolleté féminin. Les tissus sont transparents, les formes longilignes.
Le zona se complète ensuite d’épaulettes et redevient un corset; il est fabriqué sans baleines, de velours ou de satin.
Puis la mode du corset à « la Ninon » fait son apparition: léger et sans baleines, il écarte les seins et remonte la taille. C’est aussi la mode des mousselines, des velours et satins, des rubans. Le corset descend jusqu’à la taille, il rembourré de petits coussins pour donner une allure plus voluptueuse, en comparaison de la fine silhouette du directoire. Une chemise est portée sous le corset.
Puis le corsetier Leroy innove en lançant un corset écartant les seins. Durant la période de la Restauration, début du XIX ème siècle, on revient à une taille très fine et une jupe évasée en forme de cloche, grâce à la superposition de jupons. En effet, un jupon de crin était superposé  aux nombreux autres jupons blancs.

Déshabillé Oduna, Photo Aude Lavenant, 1989, all right reserved.

En 1850, la crinoline arrive sur le devant de la scène féminine. De grande ampleur, elle entoure le la jupe de dessus comme une immense corolle. Le corset adapté à la crinoline est long et blesse le haut des jambes. La mode est à la poitrine et aux épaules tombantes. Fabriquées d’arceaux de bois puis d’acier et de fer, la crinoline ne dure qu’une quinzaine d’années. L’inconfort de cette tenue est aussi important qu’au XV ème siècle. Mais cette mode laisse le bas du corps libre sous les arceaux de la crinoline.
Les autres pièces de lingerie se développent beaucoup, il n’est pas rare de porter dix dessous différents autour de 1850.
La lingerie est alors composée ainsi :
Une chemise et un grand pantalon, un jupon de tissu épais, un sous jupon, un jupon de longueur aux genoux dont le haut comporte des baleines, un jupon amidonné, deux jupons de mousseline, le corset puis le cache corset, une coiffe de soie et dentelle. Le jupon du dessus devient visible grâce à la mode du moment, et se pare de taffetas de soie, de ruchés et noeuds de rubans.

La tournure fait son apparition à la fin du XIX ème siècle et remplace la crinoline : une demi cage est suspendue en bas des reins, parfois en cuir rouge, sur laquelle sont superposés deux jupes, dont le volume de celle du dessus est rassemblé et drapé sur l’arrière grâce à la demi cage. La tournure disparait  à la fin du siècle, en faveur d’un petit pouf fabriqué dans un tissu rêche, afin de donner à la robe une formé évasée.
Les lourdes toiles de coton garnissant et composant les dessous disparaissent aussi au profit de sous-vêtements de soie, beaucoup plus légers. Les combinaisons apparaissent, plus proches du corps et moins encombrantes, mariant hauts et bas, composé jusque là de chemises et culottes, ou de cache-corsets et jupons. Les femmes s’émancipent un peu, le désir peut s’exprimer plus librement. Les teintes pastels remplacent le blanc pour les classes bourgeoises, le noir est réservé aux prostituées. L’auteur de l’ouvrage « La Mode« , note la dualité entre culpabilité et désir liée aux dessous féminins.

Cécil Saint Laurent note l’arrivée de spectacles de strip-tease à Paris à la fin du XIX ème siècle : sous le titre  » Coucher d’Yvette« ,  » Lever d’Yvette », « Bain d’Yvette », une danseuse se déshabillait mais sans jamais se montrer nue sur scène; en contraste avec l’emprisonnement de la femme dans la tenue constituée de la crinoline et du corset, les spectacles de nu deviennent très populaire dans le Paris d’avant guerre.

La fin du corset, début du soutien-gorge :

Début vingtième, la mode du S conquiert toutes les élégantes. Le corset comporte alors une pièce métallique, le busc (comme au XV ème siècle), qui gomme le ventre et appuie même dessus assez fortement. Il pousse la femme à se cambrer : « un sans ventre ». Le couturier Paul Poiret révolutionne la mode et la silhouette féminine en créant la robe-chemisier, à porter sans corset; le corset est remplacé par une gaine de coutil, de couleur citron, azur, lilas et corail, puis d’une bande élastique légère de tissu indémaillable et d’un soutien-gorge.
La chemise et le pantalon se portent toujours comme dessous.

Gabrielle Chanel et la Maison de lingerie fine « Cadolle » innovent et lancent une gaine de tricot, renforcée au niveau du ventre afin de l’aplatir. Celle ci est portée à même la peau et marque la disparition de la chemise de jour. La gamme de couleurs de la lingerie de l’époque s’articule autour du saumon, du corail et du bonbon. La silhouette féminine est longiligne, c’est la mode à la garçonne. Elle échappe enfin au carcan des corsets, vertugadins et crinolines imposés et portés pendant des siècles. Chanel apporte donc la liberté de mouvement, crée des tenues pour un corps sans entraves.
Cette époque marque un grand tournant dans l’histoire de la lingerie féminine avec l’apparition des soies artificielles.

Les années vingt marquent la standardisation du port de la combinaison et de la culotte, des bas et des soutien-gorge, initié pour certaines pièces à la fin du XIX ème siècle.

 

Gaine en satin Duchesse et tissu caoutchouté rose. Officile de la mode, 1930

Puis vient le temps des brevets: c’est le lancement du combiné, « le gant« , fabriqué dans un tissu élastique dans sa trame mais aussi sa chaine (1931, Société Américaine Warner); puis le « two way One way » : une gaine constituée de parties différentes plus ou moins élastiques. L’après seconde guerre mondiale voit la mode des guêpières et des bustiers, accompagnés de jupons gonflant les jupes courtes.
L’arrivée du collant chassa les gaines du marché de la lingerie et le porte-jarretelles refit son apparition; avant la seconde guerre mondiale, les bas comportaient des attaches se nouant au cordons des corsets, avec l’arrivée de l’élastique, l’usage en devient beaucoup plus simple.
L’industrialisation de la lingerie féminine marque l’après seconde guerre mondiale et l’arrivée de tissus synthétiques, transparents ou opaques, bref une grande variété d’étoffes, pour fabriquer les gaines courtes et guêpières en vogue durant ces années. La créatrice Américaine Nancy Melcher lance la nuisette de nylon, vers la fin des années soixante;  en 1963, la maison Warner innove avec un soutien-gorge élastique (sauf les bonnets), qui permet de placer les bretelles en fonction du décolleté;  ces deux articles connaissent un grand succès.

En 1947, l‘illustrateur de mode Eric témoigne sur la mode des guêpières:  » … le plus joli corps aujourd’hui est naturel, mais sans laisser aller: la femme doit être maintenue, les formes discrètes. De toute façon il faut un bon corset. Une taille fine vaut de l’or, des hanches rondes sont un trésor, de belles épaules, et une jolie poitrine sont des bijoux et un ventre plat vaut une fortune. »

En France, le soutien-gorge fut mis au point par une corsetière, Herminie Cadolle, en 1889: le corselet-gorge. Le terme de soutien-gorge est inclus dans le Larousse de 1904. Il est décrit ainsi dans l’ « Histoire technique et morale du vêtement « : le haut ressemblait un peu à une brassière, et pendant quelques années il s’attacha dans le dos à la ceinture du corset. Chaque sein était maintenu dans un bonnet « anatomique ». En 1912, un modèle léger de soie innovant est lancé sur le marché, il ressemble fort à l’actuel soutien-gorge. La maison Américaine Warner quant à elle, innove avec la déclinaison de taille de bonnets: A,B,C,D, en 1935.

Les premiers soutien-gorge se portent sur la chemise; du temps du corset celle ci était tirée à fond, tenue par le corset qui maintenait la poitrine. Le corset se raccourcissant, il ne peut plus remplir cette fonction, d’où l’arrivée du soutien-gorge. Puis la chemise se retire, la fonction porte-jarretelles du corset est remplacée par une ceinture porte-jarretelles. Les jupes raccourcissent et les jupons se font plus rares, les bas deviennent couleur chair.

Le pantalon et la culotte :

L’auteur de l’histoire imprévue des dessous féminins, Cécil Saint Laurent, note l’alternance de deux pièces en une, puis la séparation en deux pièces: Ainsi la combinaison-culotte disparait en faveur de deux pièces séparées. Le pantalon raccourcit et devient culotte; la culotte Petit Bateau pour adulte fait son apparition sur la scène des dessous.  Elle est fabriquée en soie rose pour les femmes, en coton pour les enfants. La combinaison est semblable aux actuelles nuisettes de soie, garnie de dentelles raffinées. La combi-culotte est portée par les femmes en 1877; elle s’affine et se raccourcit dans les années vingt.
Les pantalettes étaient portées au début du XIX ème siècle: elles étaient faites de deux jambes séparées cousues par une bande. Les knickers datent de la fin du XIX° s; ils étaient plus ajustés que les culottes et de longueur au genou; leur usage était dédié à la pratique d’un sport ou portés avec un costume tailleur. Miss Bloomer, une Américaine a créé le bloomer et lancé sa mode; elle pratiquait le vélo.

A la fin du XIX ème siècle, on voit apparaitre les culottes pour femmes, jusqu’aux chevilles, inspirées de celles pour enfants. Elles font scandale car elles restent visibles sous les vêtements extérieurs. Le corps devient pudique et se cache; il se pare de maintes couches de sous-vêtements pour masquer l’érotisme lié à l’imaginaire du corps féminin.

Pyjama d'organza, 1989 Oduna

Le port de la culotte remonterait à la cours de Catherine de Medicis, milieu du XVI ème siècle. Les culottes étaient alors réservées à un usage de protection contre le froid, fabriquées en laine de chèvre ou doublées de peau en hiver. Peu tolérées pour les femmes, car assimilées au port masculin, elles étaient surtout portées par les prostituées et les courtisanes. Ainsi, Catherine de Medicis installa le caleçon pour femme en 1540, pour palier au manque de pudeur de ses demoiselles d’honneur, enfourchant une selle d’amazone. Plusieurs années plus tôt, ces caleçons furent portées par les courtisanes Vénitiennes pour séduire leurs clients. D’après Maguelonne Toussaint-Samat, ces caleçons étaient en fait une arme de séduction !
Le caleçon, « bride fesses » est fabriqué en coton ou en futaine (mélange de coton-laine ou coton-lin) puis se montrant de plus en plus, en drap, en toile d’or et d‘argent, ornés de broderies et passementeries, de pierres précieuses. Lié autour de la taille il moulait les cuisses jusqu’aux genoux, où une jarretière l’attachait au bas.

Mais, jusqu’au XIX°s. le port de la culotte est donc resté très marginal. Joséphine de Beauharnais ne possédait que trois caleçons de toiles brodées et deux pantalons de soie.
Durant l’époque du Directoire, les caleçons sont en mousselines de couleur chair, puis de soies épaisses, de velours, de cachemire et reps de laine en hiver.
Début XIX ème, le caleçon est à la mode, grâce à la Reine Hortense (fille de Joséphine) et l’impératrice Marie Louise (Allemagne); les danseuses le portent obligatoirement, les petites filles des riches familles le portaient au mollet pour les activités de danse. Il se généralise plus tard pour l’usage du patinage, de la marche. Le caleçon-culotte se porte aussi sous les crinolines afin de tenir chaud.

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À chaque changement de mode, correspond un allègement des dessous féminins et un peu plus de confort, mais de courte durée. Comme il avait été souligné dans l’article sur la lessive,  la femme était garante des bonnes moeurs de sa famille, dont la blancheur et la propreté du linge en étaient les symboles sociaux. Plus elle était de condition aisée, plus sa tenue vestimentaire l’empêchait de se mouvoir et de diriger sa vie : les dessous en contact direct avec la peau, emprisonnaient ses gestes à la source même du corps. Corset et maintien, blancheur et pureté garantissaient le rôle social de la femme.
Le XX ème siècle, Paul Poiret et Chanel, les conséquences des deux guerres mondiales ont modifié profondément l’allure et la fonction des dessous, même si la jeune femme des années cinquante et sa bienséance de rigueur, a du attendre vingt ans de plus pour se libérer complètement avec l’arrivée entre autres des collants.
Les dessous féminins et la lingerie fine sont de nos jours souvent liés à la séduction. Quel rôle social jouent ils à présent ? Et pour vous que signifient ils ?

Bibliographie :

Histoire du costume en occident de l’antiquité à nos jours
François Boucher
Editions Flammarion, 1983.

Encyclopédie illustrée du costume et de la mode
Ludmila Kybalova, Olga Herbenova, Milena Lamarova
Éditions Gründ,1970

La Mode
Art, histoire et Société
Grazietta Butazzi
Editions Hachette, 1983

Histoire technique et morale du vêtement
Maguelonne Toussaint-Samat
Editions Bordas,1990

Histoire imprévue des dessous féminins
Cécil Saint Laurent
Marc Walter et Catherine Donzel
Editions Herscher, 1986

Dessins de mode, Vogue
1923-1983 William Packer
Editions Herscher 1983

Tissu et vêtement, 5000 ans de savoir-faire
Catalogue de l’exposition, 1986.
Musée archéologique départemental du Val-d’Oise.

 

Par Valérie Ferrat, mySeelk

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