Histoire de coton

La fibre

Le coton est produit par une petite centaine de pays, dont les principaux sont la Chine, les Etats-Unis, l‘Inde,le Pakistan
Le coton représente plus de la moitié de la consommation textile mondiale, et malgré l’arrivée des fibres synthétiques, il est resté une fibre très populaire dans le monde entier.

C’est une fibre très résistante, solide, qui s’adapte aux températures ambiantes, dans un climat chaud (tissage aérien) mais aussi froid (tissage serré). Le coton absorbe l’eau (il devient hydrophile uniquement après un traitement chimique), il se traite pour devenir imperméable ou ininflammable, il se teint très bien, il résiste aux solvants du nettoyage à sec. Il reste une fibre peu coûteuse, même si actuellement en Inde, son prix de base sur le marché fait des bonds, et donne des sueurs froides aux producteurs et façonniers.

 

Oduna-Photo Simon Donnelly, 1993. Tous droits réservés.

 

De nos jours, le coton est jugé selon la longueur de sa fibre, de sa solidité, de son toucher, de son élasticité, de sa pureté, et de sa couleur : blanc, crémeux, taché, grisâtre. La particularité des sols influerait sur cette couleur naturelle. L’Egypte produits de très beaux cotons longues fibres. Rien n’est gaspillé dans le coton: les déchets deviennent fertilisants, les tiges matériaux de construction, la graine fournit une huile comestible, ou des aliments pour les animaux.

L’arbuste cotonnier peut atteindre jusqu’à deux mètres, il a besoin d’une terre perméable et profonde pour se développer, et de chaleur. Le cotonnier pousse surtout dans les régions tropicales et subtropicales. Il a besoin des pluies pour sa croissance, mais de façon bien répartie tout au long de son développement.

Les flocons de fibres « blancs, blanc-beurré, jaunes » recouvrent les graines de l’arbuste cotonnier, qui appartient à la famille des Malvacées (gossypium-latin). Avant la floraison,l’arbuste cotonnier ressemble à une jeune vigne; à la floraison, sa fleur ressemble beaucoup à une rose trémière. A maturité, l’ovaire contenu dans le calice de la fleur se transforme en une capsule oblongue: celle-ci éclate, et libère les graines, recouvertes d’un épiderme constitué de cellules: celles-ci se développent en longueur, jusqu’à former des sacs, parois qui renferment les fibres de coton. Ces fibres sont présentes sous forme de cellulose, qui se dépose en couches successives dans les sacs, et fini par former une épaisse paroi secondaire. Les graines, à maturité de la capsule ouverte, contiennent de 2000 à 7000 filaments réunis en un cocon duveteux, ce sont ces filaments, que l’on file pour obtenir la fibre.

Selon l’ouvrage Tissu & vêtement, 5000 ans de savoir-faire, deux critères principaux permettent d’apprécier la qualité des fibres de coton:

- La « soie » qui exprime la longueur de la fibre : longues fibres: plus de 32 mm (coton d’Egypte), fibres moyennes: 25 à 31 mm (coton d’Amérique), fibres courtes: moins de 25 mm.
– La « classe » regroupant la propreté, la couleur, la finesse (6 à 33 microns), la maturité, la résistance, le crochet, le soyeux.

 

Michel Sotton, Directeur de l’I.T.F de Lyon lors de la rédaction de cet ouvrage en 1986, y explique par étapes la transformation du coton:

 

L’égrenage: séparation des fibres de graines et premier nettoyage.
Ouvraison- nettoyage: mélange, homogénéisation de lots de fibres.
Cardage : avec ses phases de démêlage, débourrage, et relevage.
Peignage: séparation des fibres courtes et achèvement de parallélisation des fibres longues.
Débouillisage: élimination de tout ou partie de la paroi primaire.
- Blanchiment : élimination des colorants naturels, du coton.
Mercerisage: traitement des fils de coton sous tension dans les bains de soude à 13% pour communiquer aux fibres ténacité, brillant et affinité tinctoriale accrue.
Caustification: traitement en bain alcalin sans tension.
Sanforisage: stabilisation dimensionnelle du coton par traitement mécanique ou mécano-chimique.

 

Le monde d'alba, Photo Sophie Tramier, 2001. Tous droits réservés.

 

Le coton dans le monde


Le coton était fabriqué au temps de la civilisation de l’Indus, (3500-1500 av JC), qui s’étalait sur l’actuel Pakistan, où il était cultivé, peigné, filé,et tissé. Lors de fouilles archéologiques, sont trouvés des fragments de vêtements de coton, dans un vase en argent, tissés par une civilisation totalement méconnue, ainsi mise à jour dans les années 1920. L’Empire Romain et l’Inde eurent des échanges commerciaux conséquents; sous Néron, les voiles de coton Indiens sont nommés « courants d’air tissé », (‘woven winds’ en anglais). Jusqu’au XIX° siècle les cotons sont tissés à la main, et nommés ‘Khadi’. Les métiers mécaniques dits métiers à main font alors leur apparition.

C’est depuis le sous-continent Indien que la culture du coton, le tissage, l’impression et la teinture se sont développés et implantés en Occident, et dès le XVIII° siècle, on l’y nomme Cottonum.
Du XVI° au XVIII° siècle, les compagnies des Indes et les comptoirs Européens firent connaitre dans toute l’Europe les étoffes Indiennes, dont l’engouement destiné à la confection surtout féminine, et de tissus d’ameublement, fut extraordinaire. Puis l’importation en fut interdite, pour concurrence envers les fabriques Européennes d’étoffes autres que le coton; mais bien sur la mode était telle, que ces étoffes firent alors l’objet de contrebande.

Diverses variétés de plantes de coton poussaient aussi en Afrique, en Amérique,au Mexique, à l’état sauvage. Au Mexique, des restes de capsules cotonnières ont été découvertes, datant de 3400 à 2300 BC, à Tehuacan.

L’Amérique, se mit à sa culture vers 1794, mais alors qu’au XVII° et XVIII° siècles l’égrenage s’effectue à la main par des esclaves, les Indiens connaissent depuis longtemps le procédé mécanique, nommé Churka.
L’Angleterre suivit, et fut marquée par la première révolution industrielle : une révolution Textile. C’est « grâce » à la main d’oeuvre bon marché travaillant dans les filatures, la main d’oeuvre issue de l’esclavage, issue des pays colonisés dans les régions tropicales et subtropicales, que ces pays firent fortune dans l‘industrie du coton.


Le monde d'alba-Photo Sophie Tramier, 2001. Tous droits réservés.

 

Le monde Musulman a  aussi joué un rôle très important dans le développement de la culture et du tissage du coton en Occident. Hormis l’Inde, l’Arabie produit du coton issu de l’arbuste Gossypium, et lors des conquêtes, les Arabes emmenèrent avec eux cette connaissance de la culture et du traitement du coton, notamment en l’introduisant, vers l’an 1000, en Espagne et en Sicile. Le nom Arabe du cotonkutun ou qutun s’est ainsi transmis dans notre langue.
Au X° et XI° siècles, la Syrie est mentionnée comme la première région cotonnière du monde musulman et produit dans ses ateliers de Damas, Tyr , et Antioche, des étoffes de soie brochées sur du coton. Les environs d’Alep et Hamath sont couverts de cotonniers. Au XIII° siècle , Le Maroc voit des manufactures de coton se développer, surtout à Fez, et la culture de coton est introduite à Valence en Espagne, au X° siècle. On note la première manufacture de tissage de coton à Barcelone à la moitié du XIII° siècle. Des cotons imprimés ont été retrouvés, d’origine Indienne, à Fostat, ville principale de l’Egypte, entre le VII° et le X° siècle.Ces étoffes sont datées entre le XIII° et XV° siècles.

Au Moyen-âge, on découvrit qu’en grattant le coton avec des chardons naturels on obtient le molleton, une légère et duveteuse matière qui emprisonnait l‘air et retenait la chaleur. Les sous-vêtements de nuit sont ainsi fabriqués, et pour des années, en molleton et flanelle grattée, tout d’abord unis, puis agrémentés de rayures, fleurs et carreaux. Le pilou a fait son entrée dans l’histoire. En France, le coton du moyen-âge, servait au rembourrage des couvertures et des cuirasses, mais aussi pour la confection de gants et de bonnets.

Le XVI° siècle voit l’arrivée du commerce triangulaire et de la traite: les étoffes de coton teint ou imprimé d’origine Indienne sont échangées contre des esclaves.
Les Portugais, sur leur chemin vers l’Inde, longent les côtes Africaines, où les arbustes cotonniers poussent à l’état sauvage. En 1510, ils installent à Goa, l’État Portugais de l’Inde, où les mêmes étoffes de coton trouvées à Fostat (Egypte) sont vendues sur les marchés. Après l’Inde, les Portugais vont en Chine et au Japon, Osaka est le principal lieu de culture du coton, qui prendra son essor au XVI° s. Les étoffes de coton sont surtout teintes à l’indigo, et imprimées par la méthode de réserve.
Quant aux Espagnols, avec Christophe Colomb, ils constatent l’existence de Kapokiers, arbre imposant produisant du kapok, en arrivant au Brésil. Ces arbres poussaient à l’état sauvage dans ce pays, les Indiens savaient le cultiver, et le transformer en étoffe bien avant l’arrivée des Espagnols.



Le coton en Asie Centrale


L’arbuste cotonnier Gossypium (latin), de la variété Asiatique de fibres courtes, pousse très facilement en Asie centrale. Cet arbuste est nommé Guza dans le Turkestan de l’ouest, et Khiwaz dans le khotan (Turkestan Chinois).
A l’époque des routes de la soie, l’exploitation du réseau fluvial, et la création de canaux d’irrigation a permis le développement des oasis, et la culture des arbustes cotonniers et mulberry (pour la soie) en grande quantité. Cette culture permettait de fournir des ateliers en matière brute. Le coton tissé dans toute cette région était alors très réputé, et exporté vers la Perse et Byzance.
Mais au 13° siècle, les invasions nomades détruisent les canaux et mettent en faillite la production de coton, les villes sont à l’état de ruine dans le désert. La production de coton est ensuite petit à petit rétablie, mais pour un marché local.

Jusqu’au 19°siècle, le tissage du coton était une activité très répandue chez les familles vivant dans les villages et villes des oasis. Quasiment chaque famille possédait un métier à tisser le coton, pour la fabrication de vêtements, turbans, ceintures, toiles de coton calicots, à usage personnel et commercial. Les tissus de coton étaient exportés vers l’Iraq, la Perse, l’Inde, mais également destinés au marché local. Ils firent également l’objet d’un commerce important avec la Russie. La plupart des cotons sont alors rayés ou à carreaux, aux couleurs très sophistiquées et vives. Certains ateliers produisaient des cotons tissés-teints, aux rayures unies mélangés à des motifs ikats. Ces étoffes aux couleurs chatoyantes, étaient surtout utilisées pour des ceintures et des foulards, très appréciées par le peuple Kirghiz, habitant les steppes. Pour atteindre la brillance désirée, les tissus étaient trempés dans un bain de blancs d’oeufs, puis frappés par des marteaux de bois, et pressés entre des pierres plates.

 

 

Tunique ikat, Samarcande-Ouzbékistan, années 90.

 

Au XIX°siècle, sous domination Russe, la construction du canal « Karakum », et les chemins de fer ont permis au Turkestan de l’ouest de voir l’apogée de la production de coton, qui fournissait l’industrie de filature et tissage Russe. De grands domaines, alors exploités par les nomades comme pâturages, furent irrigués. En 1880 la variété Américaine de coton longue fibre est introduite en Asie centrale, connue sous le nom de « Pakhtai Americon« .
Le coton devint alors une ressource de vie importante: la grande partie des fermiers installés le long de la voie ferrée, le cultivait.

Le travail d’égrenage, de nettoyage, de cardage, de peignage et de filage était effectué par les femmes, à leur domicile : en été à l’extérieur, en hiver autour d’un brasier.
Diverses qualités de fibres de coton étaient filées sur des rouets, selon les commandes, du plus fin pour les voiles de coton, au plus épais, pour des étoffes plus grossières. Enfin, la ouate étaient travaillée par des artisans spécialisés et « nomades », répondant à la demande à domicile. Elle provenait des balles de coton d’une qualité d’entrée de gamme.

En revanche, à la fin du 19° siècle, le marché d’Asie Centrale est inondé de tissus de coton bas de gamme, en provenance des usines Russes, ce qui ruine la filière de tissage de la région et mets les tisserands au chômage. Ceux-ci se tournent alors vers la production d’étoffes de coton et soie mélangés, en vogue à cette époque en Russie. Ce twill de coton et soie devient aussi populaire en Asie centrale, décliné en vêtements pour homme, femme et enfant.

 

Le commerce entre l’Europe et l’Inde:


Les Portugais sont les premiers à commercer avec l’Inde, au début du XVI° siècle. Les tissus appelés Indiennes ou toiles des Indes, sont imprimés de couleurs vives, aux dessins inspirés de la faune et la flore, avec des motifs floraux ou végétaux stylisés, de scènes orientales. Par la suite, ces motifs s’inspirent du monde Occidental, les motifs de flore et faune Indienne se mêlent au style Européen.
Le succès des Indiennes est tel, en Angleterre et en Hollande, que le commerce avec l’Inde s’intensifie. Ces tissus résistent au lavage, à la lumière, l’occident découvre les tissus grand teint. C’est le début des compagnies des Indes.

Deux siècles après le Portugal, un siècle après les Pays-bas, et un demi-siècle après l’Angleterre, la France décide de se lancer dans le commerce avec l’Orient. La compagnie des Indes débarque à Surat dans le Gujarat en 1667.
Trois compagnies des Indes se succèdent, de 1664 à 1793, ayant un pouvoir civil et militaire dans les comptoirs, excepté la troisième. La première, créée par Colbert, est la Compagnie des Indes Orientales (1664-1719).
Elle fait face à de nombreuses difficultés d’ordre commercial, financier et politique, et fusionne en 1719 avec d’ autres compagnies Françaises, installées en Chine et en Afrique.
Face à cette concurrence textile venant de l’Orient, les tisserands traditionnels français menacés de faillite protestent, et en 1686, l’importation des Indiennes est interdite par des Edits. Les marchandises sont alors stockées dans les ports pour repartir pour la traite, ou à destination d’autres pays étrangers.

La Compagnie des Indes, dont les revenus dépendent de l’importation Indienne, est menacée, et le gouvernement révoque l’interdiction en 1759. Le traité de Paris laisse alors aux Français cinq comptoirs
commerciaux. Sous la protection de Grand Seigneurs, des ateliers clandestins imitent et fabriquent les Indiennes. C’est grâce à cette prohibition de l’importation des tissus de l’Inde que se développe les ateliers clandestins.
L’Angleterre connait un parcours similaire, avec l‘interdiction en 1700 d’importer des étoffes en provenance d’Inde, mais aussi de Chine et de Perse. A la fin du 18°siècle, la révolution industrielle marque la création de métiers à tisser mécaniques, en concurrence avec la production Indienne. Les Anglais filent, tissent et impriment le coton à la planche de cuivre.
Durant ces périodes d’interdiction, la Suisse fournit les Indiennes (de manière clandestine), et imite à merveille ces étoffes. Saint Gall et Zurich sont les lieux de tissages du coton, en provenance d‘Inde via Marseille et Gênes.
La prohibition incite les villes à produire les fameuses Indiennes. De France, rayonne une nouvelle industrie qui se développe dans toute l’Europe.

 

Le monde d'alba-Photo Sophie Tramier, 2001. Tous droits réservés.

 

Les villes de Lorient (l’Orient) et Marseille sont les principaux ports de la compagnie des Indes. On voit apparaitre à Marseille, des tissus semblables, de provenance Persane: Les « perses  » ou les Toiles du levant ». On les appelle chintz, ou toiles peintes. En 1669, Colbert déclare Marseille port franc, et supprime ainsi les taxes sur les navires et les marchandises. Le chintz était exécuté au pochoir, teint au mordant et utilisé pour les tenues et l’ameublement. Ils provenaient de l’ouest de l’Inde, et à partir de 1700, les chintz proviennent de la côte du Coromandel. (Inde du sud).

La ville de Rouen fut un centre cotonnier important, grâce à sa géographie: proche des ports, étape vers Paris, elle traitait déjà d’autres étoffes comme le lin , le chanvre et la laine, elle devint naturellement un centre d’impression et de teinture de coton. La production est très variée, mouchoirs, fichus, foulards, toiles, et pour la traite.

Au milieu du XVIII° siècle, Mulhouse devient le centre important de fabrication d’indiennes. Par son statut de ville neutre, elle n’est pas atteinte par la prohibition, et son emplacement géographique joue aussi en sa faveur: proche de la Suisse,et de Bâle, la ville est un centre financier important.
En 1766, il existe vingt et une fabriques de toiles peintes de coton à Mulhouse. Les Indiennes fines Alsaciennes remplacent les toiles Indiennes et Perses. Grâce aux améliorations apportées aux colorants, l’Alsace produit au début du XIX° siècle, une grande diversité de tissus. Les dessinateurs, très créatifs, transposent sur coton les motifs de palmettes dites aussi poires Persanes. Ils y ajoutent des ornements de la tradition populaire locale.

L’atelier d’impression de Jouy-en-Josas va lui aussi entrer dans l’histoire. Il se fait d’abord connaitre pour la qualité des Indiennes qu’il produit. Grâce à leurs couleurs grand teint, elles connaissent un grand succès. Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815), coloriste et graveur de formation, est le créateur des toiles de Jouy. En 1760, cet Allemand de naissance, installe la manufacture à Jouy-en Josas, riche en sources (l’eau est nécessaire à l’impression textile). Jusqu’en 1843, cette affaire familiale comptait une clientèle très large, de la province à la cour, à qui elle  fournissait des étoffes très délicates et fines, aux motifs nommés « mignonnettes« . La Fabrique d’Oberkampf est nommée Manufacture Royale en 1783. Elle fournissait aussi des toiles de jouy pour la fabrication de courtes-pointes. Ces couvertures piquées, savoir-faire unique et réalisées à Marseille dès le XVII° siècle, furent exportées dans toute l’Europe et vers l’Amérique.  La Provence achète ces étoffes pour fabriquer des boutis. Les motifs des toiles de Jouy s’inspirent de la faune et la flore d’Ile de France, montrant une végétation très riche et dense. L’engouement pour les fleurs, leur parfum, leurs imprimés devient même un signe de distinction sociale pour les classes bourgeoises.

Aix en Provence, Avignon, Orange et Tarascon deviennent aussi des centres textiles et produisent du coton imprimé. La clientèle vient à la foire de Beaucaire, où l’on trouvait des mouchoirs et cambrésines (toiles de lin fabriquées à Cambrai), des châles imprimés et des carrés. Les « enluminées« , imprimées en trois, quatre couleurs, toujours identiques,: rouge, noir, or et ocre jaune étaient réservées aux jeunes femmes, les « grisailles » à fins motifs noirs et blanc et les « deuils’ à dessins plus contrastés, étant réservés aux moins jeunes.

Nantes fut aussi un centre très important d’indiennage et possédait neuf manufactures. Les ouvriers-imprimeurs étaient ‘nomades’, et se déplaçaient dans la ville pour trouver du travail. La levée de la prohibition marque l’avènement de la teinture et l’impression des indiennes. Les toiles de Nantes étaient surtout destinées à l’ameublement,  les décors de fleurs et d’ornements vont s’inspirer de la flore fantastique de l’Inde et de l’Amérique. En 1785, mille-deux-cents ouvriers travaillent pour cet industrie, pour des ventes considérables.

Le chanvre est produit dans toute la région Lyonnaise du XVIII° siècle, et le coton y arrive alors filé d’Asie et d’Amérique. Le chanvre était tissé par des artisans spécialisés,qui se déplaçaient de maison en maison, pour fabriquer des draps et en particulier les draps destinés aux funérailles. Le coton sera tissé dans toute la région, et expédié à destination des ateliers d’impression d’indiennes. Tarare, Villefranche, Charlieu et Thizy sont les principaux centres de tissage. Ces derniers impriment aussi les cotons jusqu’en 1810.

 


Quelques tissages de coton en Inde:


L’ikat provient du mot Malaisien « mangikat« . Les fils de coton sont noués, seules les parties laissées à l’air libre sont teintes.

Trois possibilités de tissages existent:
Soit seuls les fils de chaine ou de trame sont teints à la réserve et tissés « single Ikat ».
Soit les fils de chaine et trame teint à la réserve sont tissés mais les uns après les autres.
Soit les fils de chaine et trame sont tissés en même temps afin de former un dessin limité dans l’espace du tissu, « double Ikat« . (Patola en Inde, Kasuri au Japon).

La technique du simple Ikat remonterait à la préhistoire. Ces cotons étaient alors exportés vers la Malaisie, l’Indonésie, la Chine et le Japon en 1500. Vers l’Europe au XVII° siècle avec grand succès. En 1930, ils sont exportés vers le Moyen-Orient, en Afrique de l’Est et en Birmanie. Au début du XX°siècle, ils sont portés par l’aristocratie d’Hyderabad, sous forme de châles.

Les cotons tissés de type ikat sont très présents en Inde, notamment dans la région de l’Andhra Pradesh, près d’Hyderabad. Autrefois, les villages produisaient ce coton tissé pour de multiples utilisations: pagnes, châles, turbans portés par les vachers, les pêcheurs…
Les organisations Textiles gouvernementales Indiennes se sont efforcées, depuis les années cinquante, de faire le lien entre les artisans des villages, isolés à l’époque, et les dernières technologies et innovations en cours, les possibilité de marchés, la création de nouveaux motifs. De nos jours, ces cotons sont produits pour des tissus d’ameublement plus épais, dans des ateliers gérés familièrement et exportés dans le monde entier.


Le monde d'alba-Photo Sophie Tramier, 2001. Tous droits réservés.

 

L’ikat est aussi produit dans l’Orissa et le Gujarat.  Les cotons « Jamdani » sont des brochés de coton, de sole, ou des deux textiles mélangés; Ils sont tissés au Bengale. Ces délicates et magnifiques étoffes m’avaient séduites lors des voyages en Inde, et j’avais dessiné plusieurs motifs adaptés par les tisserands, et vendus lors du salon Maison & objet en 2001, en collection de textile de maison et vêtements de nuit. Mais la production très longue et les conditions climatiques désastreuses lors des moussons, qui anéantissaient chaque année les ateliers, m’avaient ensuite orientée vers d’autres qualités de coton. Cependant, les Jamdani demeurent un rêve tissé, l’une des étoffes les plus subtiles de l‘Inde.

 

L’influence de l’Asie sur les marques est encore très présente de nos jours. Il suffit de se promener dans le Hall 1 du salon Maison & objetEthnic Chic.Mic, consacré aux vêtements, objets de décoration, textiles de maison pour le constater. Parmi elles, la marque Portugaise ‘TM collection’ propose une ligne très originale et typée de vêtements de coton imprimé et uni pour femmes. Des maisons Coréenne: MONO COLLECTION,et Japonaise: KOMONHIROSE Collection exposent des merveilles, dont mySeelk vous parlera très prochainement.  Celles-ci ne se limitent pas au coton, et se décline sur des tissages de soie.

 

Sources bibliographiques et numériques:

 

Le coton, l’impression
Auteur: Micheline Viseux
Éditions de l’Albaron- Société présence du livre, 1991

 

Early Islamic Textiles
Edited by Clive Rogers
Rogers @ Podmore, 1983

 

Jouy Méconnu
Musée de l’impression sur étoffes, Mulhouse
Édition du musée-05/98
Auteurs: Jacqueline Jacqué, Jean-François Keller, Denis Roland

 

Musée de l’impression sur étoffes, Mulhouse
Édition du musée-12/96
Auteurs: Denis Roland

 

Les Textiles de l’Inde
Ministère des relations extérieures
Association Française d’action artistique
Musée des Arts Décoratifs-1985

 

Ikat Textiles Of India
Auteur Chelna Desai
Graphic-sha Publishing Copmany Ltd. Japan.
1988

 

100 idées n°21  juillet 1975
100 idées n°42 Avril 1977
100 idées n° 15 Janvier 1975

 

Traditional Textiles of Central Asia
Thames and hudson,1996
Auteur: Janet Harvey

 

Tissu et vêtement, 5000 ans de savoir-faire

Catalogue de l’exposition

Musée archéologique départemental du Val-d’Oise.

 

Musée de Lorient: http://musee.lorient.fr/Les_Compagnies_des_Ind.1869.0.html

 

Musée de Mulhouse: http://www.musee-impression.com/default.html

 

LEXIQUE de l’IFTH:

 

Boutis
Tissu provençal imprimé, obtenu par matelassage à la main de plusieurs tissus

 

Calicot
Toile de coton; * vêtements et sous-vêtements à usage courant.

 

Chintz
Toile unie ou imprimée ayant un aspect brillant et glacé obtenu par calandrage et traitement hydrophobe; * ameublement.

 

Coton
Fibre naturelle d’origine végétale issue des poils de la graine du ‘gossypium’ ou cotonnier; il se caractérise par son confort, son aspect, sa facilité de mise en oeuvre; * toutes utilisations (habillement, linge de maison, ameublement et technique…)

 

Flanelle
Étoffe en laine sur laquelle un léger foulage suivi d’un décatissage donne une souplesse et un moelleux spécifiques; * confection féminine et masculine.

 

Futaine
Tissu de coton mélangé à de la laine ou du lin

 

Kapok
Fibre végétale très légère, imputrescible, imperméable à l’eau, utilisée pour le rembourrage.

 

Molleton
1 – tissu de filés de fibres, lourd, souple, moelleux et gratté deux faces; * habillement, isolation; 2 – tricot maille cueillie souple, doux et moelleux, utilisant sur envers un fil de molleton, généralement gratté; * survêtements de sport; 3 – par extension, le terme molleton est également utilisé pour des aspects similaires sur bases non tissés; * isolation.

 

Ouate
Nappe textile, généralement de coton, spécialement préparée pour le garnissage.

 

Pilou
Tissu de coton gratté sur deux faces, le grattage est généralement plus accentué que celui de la flanelle, donne à l’article plus de gonflant, moins lourd que le molleton; * peignoirs, robes de chambre, pyjamas…

 

Siamoise
Tissu à rayures multicolores sur fond blanc, armure toile, légèrement apprêté et calandré pour obtenir une surface brillante

 

Par Valerie Ferrat, mySeelk

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