Le Musée des Tissus de Lyon, un trésor !

Maximilien Durand, Directeur du Musée des Tissus et Arts-décoratifs de Lyon, est un passionné . Il enseigne depuis 14 ans à l’Ecole du Louvre, après des études en Faculté de lettres, à l’Ecole pratique de hautes études, et à l’Ecole du Louvre. Il travaille quatre ans au Musée du Louvre, au département égyptien, puis quatre ans à l’Institut Français du Patrimoine, comme responsable du centre de ressources documentaires, puis deux ans dans une ONG « patrimoine sans frontières », qui proposait des programmes de conservation et restauration d’oeuvres et monuments après des crises, en Biélorussie, Russie, Kosovo et Albanie.
Trois ans directeur du service de la conservation préventive et de la restauration des Musées des Arts-décoratifs, de la Mode et du Textile, de la Publicité, et du Musée Nissim de Camondo, Il a investi sa mission auprès des Musées de la rue de la Charité depuis mai 2011.

 

Maximilien Durand, Directeur du Musée des Tissus et Arts-décoratifs de Lyon

 

Isabel Bretones, responsable de la régie et de l’inventaire des oeuvres du Musée des Tissus de Lyon, a étudié quatre années à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon, et une année à Frankfurt en Allemagne. Trilingue, elle devient guide interprète régional en Allemagne et en Espagne, conférencière au Musée des Tissus de Lyon, au Musée de l’imprimerie, et aux Hospices civils de Lyon.
En 2003, elle postule pour la fonction de responsable de l’inventaire au Musée des Tissus de Lyon, poste complété rapidement par la fonction de régie des Oeuvres.

 

L’ambition de Maximilien Durand, Directeur des Musées des Tissus et Arts-décoratifs de Lyon, est de faire exister ces Musées Lyonnais à hauteur de leurs collections: deux millions d’oeuvres pour le Musée des Tissus, première collection de France, et deuxième collection d’Arts-décoratifs en France.

L’exposition d’une oeuvre au grand public, est le fruit d’un long cheminement au point de vue scientifique, social, patrimonial, dont la conservation préventive et la régie des oeuvres, leur inventaire, leur restauration sont indissociables.

Le désir d’éternité n’est pas qu’une particularité humaine, il existe au sein même des Musées de France, et s’exprime au travers du processus de conservation préventive des oeuvres.
Maximilien Durand s’exprime ainsi : « c’est un travail humble au service de l’histoire, qui existe grâce au travail scientifique. Une société parle d’elle même, de son évolution, son émanation, au travers des objets laissés. Par exemple les textiles Japonais sont différents des textiles de l’Antiquité. Les usages ne sont pas les mêmes, les techniques et le temps de réalisation diffèrent. Le génie humain a su s’exprimer sur ce qu’il y a de plus fort. Il y a donc un devoir de conservation. D’autres en ont pris soin avant. Les objets ont été ‘cachés’ et conservés au travers de l’histoire mais ils sont toujours là. Ils ont survécu à toutes sortes d’évènements historiques. C’est un travail de régie mais aussi de méditation : on n’ est pas le même quand on a un patrimoine ou pas. »

 

L’acquisition d’une oeuvre:

Avant de compter parmi l’inventaire des oeuvres d’un Musée de France, et de lui donner la plus longue vie possible, un objet est soumis à une sélection rigoureuse. Les propositions de dons sont nombreuses, et les décisions sont parfois difficiles. Le donateur est orienté vers un membre du Musée, mais le Directeur est toujours décisionnaire. Celui-ci consulte la responsable de la régie et de l’inventaire, Isabel Bretones dans le cas du Musée des Tissus de Lyon, qui connait très bien les collections du Musée, et qui peut dans un premier temps, affirmer si cette étoffe, ou ce costume, sont déjà présents, dans une forme semblable ou non. Certains donateurs sont parfois orientés vers d’autres Musées, il y a donc un dialogue entre le donateur ou le vendeur et le Musée.

Si l’objet est accepté par le Directeur, celui ci doit ensuite préparer un dossier d’acquisition, c’est la procédure légale des Musées de France. Le dossier sera soumis à une commission d‘experts d’acquisitions. L’Etat a une vision globale des oeuvres, et souhaite une cohérence dans les collections publiques. Ainsi, quelle que soit l’oeuvre, une fois son acquisition validée, son statut devient inaliénable, et, elle sera traitée de façon absolument égale. La problématique est donc la même pour n’importe quel objet, n’importe quelle oeuvre.
La commission d’experts d’acquisition est composée d’un ‘ Grand Département ‘, instance désignée par le ministère et composée des :

Musée du Louvre
Musée du Quai Branly
Musée Guimet
Musée Beaubourg

La commission se réunit trois fois par an, et donne un avis favorable, mitigé ou défavorable sur le dossier d’acquisition présenté.
Après un avis favorable, l’oeuvre est inscrite à l’inventaire. Ce qui est une garantie sur les collections des Musées de France. Les oeuvres sont ensuite soumise à un descriptif précis: qualités techniques et esthétiques, état de conservation, qui varie beaucoup selon le matériau de l’oeuvre.

 

 

Isabel Bretones, responsable de l'inventaire au Musée des Tissus de Lyon, et régie des oeuvres.

 

La régie des oeuvres :

Le prêt d’oeuvre vers d’autres Musées Nationaux se développant beaucoup, le métier de régisseur des oeuvres d’Arts est en plein essor depuis dix ans. Il dépend de l’association des régisseurs de France d’Oeuvres d’Art. Il faut être expert pour manipuler les oeuvres, les stocker, les ranger. Une manipulation n’est jamais anodine.

Isabel Bretones est ainsi responsable des oeuvres entrantes et sortantes pour les prêts. Une demande de prêt signifie une évaluation du voyage de l’oeuvre, son état à ce moment là, la mesure du risque sur la vie de cette oeuvre. Isabel définit si le prêt est possible ou non, selon le risque plus ou moins grand: l’oeuvre est montrée uniquement si le risque est limité.
Pour une exposition d’une durée de trois mois , à raison de 8 heures par jour, soumise à 50 lux , l’oeuvre se reposera pendant une période de dix ans.
On ouvre ainsi un tiroir du Musée, qui contient une tunique d’une princesse Pharaon, datée de 4000 ans, parfaitement conservée, qui sommeille depuis quelques années, et laisse échapper son parfum, deviner les fines formes de cette jeune femme, et, note Maximilien Durand « la contradiction entre la proximité et la distance d’une oeuvre comme cette tunique Pharaonique » est remarquable.

Tous les mouvements d’oeuvre passent par le service d’Isabel, au coeur des collections; cet environnement, qu’elle compare à « une vie de château », entourée d‘oeuvres magnifiques, lui apporte la satisfaction d’accomplir un métier utile et de transmission.
Son travail est très stimulant de par cette proximité ; Outre sa capacité à connaitre la conservation du tissu, elle a une sensibilité certaine grâce à sa formation des Beaux-Arts.

 

 

Le récolement décennal et la conservation préventive:

Pour accepter le prêt d’une oeuvre, il faut nécessairement effectuer un inventaire précis des oeuvres du Musée, et savoir les conserver.
La conservation préventive, au coeur des savoir-faire du métier de régie du Musée, est très travaillée depuis dix ans, et va de pair avec le métier de conservateur. La conservation préventive a seulement un peu plus de cent ans. La déontologie de cette discipline a mis du temps à se forger, mais à présent, les Musées de France savent oeuvrer pour la conservation de leurs trésors. « Le Gouvernement a pris conscience que la gestion des collections et leur conservation est un travail de tous les instants » explique Maximilien Durand.

Unique en France, et conscient de sa responsabilité patrimoniale, le Musée des Tissus de Lyon possède un atelier de restauration dans ses murs. Le Musée est assez pionnier en la matière. Dans la majorité des cas, les restaurateurs, à l’issue de leur formation, ont un statut d’indépendant. Le Musée est très attaché à cette particularité, qui contribue fortement à la conservation des oeuvres.

Dans ce souci commun de conservation des oeuvres, les Musées de France sont soumis au récolement décennal. D’ici 2014, ceux-ci doivent effectuer, pour répondre aux obligations légales, un inventaire précis de la totalité des oeuvres, et la création d’une fiche sur une base de données, contenant : la ou les photo(s), les mesures, la désignation, la description, le relevé descriptif existant, l’état de conservation et localisation définitive, conforme aux normes de conservation, de chaque oeuvre. Un travail titanesque.
Chaque objet entré au Musée doit être confronté à sa réalité physique. Par exemple dans le cas d’un lot de tissus entré, chaque étoffe n’a pas été nécessairement répertoriée, et peut être sujette au vol, ou à la détérioration.
Cette entreprise s’étend à tous les Musées publics de la planète.

 

 

Isabel Bretones,Valérie Ferrat-Myseelk, Maximilien Durand

 

Comment les oeuvres sont elles conservées ?

Le challenge est de donner l’éternité aux oeuvres, ou une durée de vie la plus longue possible. Comme un être humain soumis à des conditions difficiles, les tissus s’abiment, ainsi que les objets soumis régulièrement à des conditions non convenables, ils disparaissent.
Il faut absolument mesurer le risque couru par le tissu ou le costume, en fonction de son état, et anticiper ce qu’il va subir. Il est ainsi possible de connaitre sa résistance à la lumière, et de l’exposer au grand public dans les meilleures conditions pour sa conservation.
L‘exposition d’une oeuvre est donc totalement en contradiction avec sa conservation. le conservateur, le régisseur et le restaurateur ont la même mission: trouver les facteurs dégradants et trouver des solutions, ils sont les garants d’un patrimoine et chargé de le transmettre, et doivent anticiper les risques pour permettre aux oeuvres de vivre longtemps.

Les tissus sont ainsi bien conservés lorsqu’ils ne subissent pas de tension, donc à plat, posés en longueur sur de grands meubles, ou roulés, à l’abri de la lumière, dans une boite, préservés de la poussière.
Si la pièce est volumineuse, il faut soutenir toutes les fragilités, pour éviter les contraintes d’écrasement. La perception de la fragilité des oeuvres est très importante et le rôle d’Isabel déterminant. Même une manipulation physique peut dégrader le tissu.
Les tissus sont conservés dans du coton neutre, décati, dans des boites en carton neutre, sans métal, sans acidité.
Certains matériaux sont dangereux pour la conservation des oeuvres: le bois dégage du tanin, les laines des composés soufrés, les cartons de l’acide par leur colle, la pâte à papier. Les fibres réagissent à l’humidité, les variations hygrométriques sont nuisibles aux étoffes, la soie est ainsi hygroscopique, elle absorbe l’humidité, devient cassante, et risque d’être détériorée. La poussière est nuisible, elle concentre l’humidité, est abrasive et attire les micro-organismes. ll faut protéger ces oeuvres et les mettre en contact avec des matériaux chimiquement stables.
Des tissus Pharaoniques datés d’il y a 4000 ans , se conservent mieux que certains tissus récents. Certaines oeuvres ont donc une durée de vie très limitée, et le rôle du Musée est de trouver des solutions pour retarder ce phénomène.
Certains objets sont composites, leur conservation est différente, et il est parfois compliqué de faire coexister dans une vitrine, deux oeuvres complémentaires, et néanmoins incompatibles de par leur matériaux. Tout particulièrement dans le domaine des Arts-décoratifs, cette contradiction est très fréquente.
Il est parfois difficile de convaincre que ces opérations sont indispensables, mais il faut parvenir à les préserver le plus longtemps possible.

 


L’autre ambiton complémentaire de Maximilien Durand et des Musées des Tissus et Arts-décoratifs de Lyon, est de trouver le moyen de présenter la plus belle collection de tissus de France au grand public Français et international. La CCI accompagne ces Musées depuis cent cinquante ans, mais ils se doivent de retrouver le postionnement qu’ils méritent. « Toute forme de soutien est importante » explique Maximilien Durand, « les petites actions font de grandes choses ». Ainsi le mécénat de compétences ou le mécénat en nature sont très important pour le musée.

 


Musée des Tissus et Arts-décoratifs de Lyon
34 rue de la charité
69002 Lyon
http://www.museedestissus.com
Tel :04 78 38 42 00


Expositions:

Icône de Mode (artcile à venir sur le blog mySeelk)
Du 4 novembre 2011 au 25 mars 2012


Les soieries produites à Lyon pendant la révolte des canuts (1831)
Du 15 novembre 2011 au 22 janvier 2012


Le mécénat de compétences : vidéo de la CCI de Lyon.

 

Par Valerie Ferrat, mySeelk

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